Guide pour sortir du blocage

Theo CannacTheo Cannac

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Guide pour sortir du blocage

Ce guide sert à sortir du blocage vite, et surtout à réduire le nombre de fois où tu t'y retrouves.

Des techniques testées pour ne pas tomber de cheval et pour remonter vite quand c’est le cas.

Disons simplement que j’ai beaucoup de pratique dans l’art de me débloquer. Des journées à plat 3 à 5 fois par mois, une vraie période creuse d’une semaine ou plus au moins 2 fois par an. C’est le conseil que j’aurais aimé me donner il y a longtemps.

On est tous faillibles. Tout le monde a des moments nihilistes. Tout le monde doute de ses choix de vie. Tout le monde lâche ses habitudes. Les journaux intimes des humains les plus accomplis de l’histoire sont remplis de frustration et de doute de soi.

Le changement comportemental durable est plus l’exception que la norme. La régression est câblée dans notre ADN. L’homéostasie, ce processus essentiel d’autorégulation du corps, résiste à tout changement du statu quo. On est toujours tiré vers un équilibre antérieur.

« Pour surmonter le blocage, il faut à la fois s’attendre à ce qu’il arrive et l’accepter. C’est en limitant les dégâts et la durée qu’on s’en sort, pas en espérant l’éviter complètement. »

1 Prévention

2 Reconnaissance

3 Intervention

Étape 1 : éviter d’avoir à sortir du blocage

Étude après étude, les humains sous-estiment la prévention par rapport au traitement. Ne fais pas cette erreur. La façon la plus rapide de sortir d’une période creuse, c’est de ne pas s’y enfoncer en premier lieu.

Le modèle mental clé : le Coupe-feu. La technologie la plus fiable pour combattre les incendies n’a pas changé depuis des millénaires, creuse un fossé autour du feu. Quand le feu atteint ce « break », il n’y a plus d’arbres pour alimenter les flammes. Il s’éteint de lui-même.

La procrastination, les mauvaises habitudes et les cycles de pensées négatives nécessitent un « carburant » continu pour se maintenir. De la même façon, ils s’éteignent si on les prive de ce carburant.

Au poker, les joueurs ont une tendance autodestructrice classique quand ils sont « stuck » en train de perdre sur la session en cours. Ils prennent des risques inhabituels, spiralent dans un tilt destructeur pour tenter de revenir en positif sur la journée. La frustration devient le carburant, les motivations court terme se déconnectent du long terme.

La vérité : les résultats d’un jour particulier n’ont aucune importance. La stratégie optimale est de traiter chaque situation de façon indépendante. Chaque moment est juste une nouvelle occasion de prendre la meilleure décision possible.

Mes coupe-feux fondamentaux : la gratitude, le journaling, et la revue hebdomadaire.

Coupe-feu n°1 : Gratitude

Quand je me sens basse, je commence à lister les choses pour lesquelles je suis reconnaissante. En reconnaissant les bénédictions dans ma vie, je passe d’un posture de jugement à une posture d’appréciation. Je célèbre les victoires et les leçons apprises en fin de journée, aussi petites soient-elles. Quand on est bloquée, attirer l’attention sur ses victoires contrebalance la tendance à surévaluer et sur généraliser les revers.

Coupe-feu n°2 : Journaling

Aucun problème n’est aussi intimidant sur papier qu’il l’est à tourner dans la tête. L’écriture libère la tension interne comme l’ouverture d’une soupape de pression. La bande passante mentale se libère vers la génération de solutions plutôt que le ressassement des problèmes. On devient les histoires qu’on se raconte, le journaling aide à truffer ces fausses histoires de trous, et à les réécrire d’une façon qui inspire l’action. J’écris une page chaque matin, ou dès que je me sens décalée.

Coupe-feu n°3 : Revue hebdomadaire

La pierre angulaire de toute pratique de productivité. La revue hebdomadaire permet de fermer et sceller le container autour des revers de la semaine passée, puis de regarder la semaine à venir avec objectivité. Si c’était une semaine difficile, on peut baisser la barre pour la suivante et créer de l’espace pour reconstruire les habitudes. On démarre toujours avec du Momentum positif.

Étape 2 : Reconnaissance

La première étape pour sortir d’une période creuse, c’est de reconnaître qu’on y est. Plus facile à dire qu’à faire. Quand on est bloquée, notre éditeur interne devient taquin, il voit les actions à travers un prisme déformé. Notre objectivité et notre conscience de soi tendent à nous abandonner exactement quand on en a le plus besoin.

On planifie pour ce mode d’échec en installant des Voyants d’alerte. Ce sont des signaux clairs et non ambigus indiquant qu’on est dans une période creuse, ou qu’on s’y dirige.

On identifie ses voyants en relisant ses journaux des périodes creuses passées, en cherchant les points communs comportementaux et émotionnels. Les meilleurs voyants sont évidents quand ils se produisent, on ne peut pas les ignorer, même dans nos états biaisés.

Mes quatre voyants personnels :

Hyper-alerte mais sans intérêt pour quoi que ce soit de valeur. Lire un article même vaguement lié à mes objectifs devient repoussant.

Attention raccourcie, gravitant vers des distractions passives et névrotiques, vidéos, jeux en ligne.

S’irriter facilement, envie de s’isoler des autres.

La musique qu’on aime habituellement devient agaçante.

Quand un voyant s’allume : faire face à la réalité. Faire confiance aux systèmes que son soi passé a mis en place. Prendre du recul et vérifier, est-ce une fausse alarme ou le signal que quelque chose de plus profond est en jeu ?

Quand on est bloquée, on se réfugie dans un mode d’évitement. Une partie bizarre de nous semble savourer toute excuse pour ne rien faire. Un simple glissement de posture, de l’évitement vers la curiosité, fait des merveilles. Ne pas ignorer les voyants : chaque fois qu’ils le sont, ils deviennent moins efficaces à l’avenir.

Étape 3 : Intervention

Niveau 1 : Retourner une mauvaise journée

Je note chaque journée de 1 à 10. Si je me sens glisser vers un 1, 2 ou 3/10, je parcours ces listes de vérification. L’équivalent humain du redémarrage de son appareil. Dans mon expérience, 90% des crises perçues se dissipent d’elles-mêmes.

  • 1) Faim, soif, fatigue ? Manger un snack sain, boire un grand verre d’eau, faire une courte sieste. On attribue souvent le physiologique au psychologique. Ces étapes simples peuvent retourner une journée, ou au moins t’y mettre dans un bien meilleur état.
  • 2) Checklist des habitudes fondamentales. Tu as journalisé, médité, exprimé ta gratitude, bougé aujourd’hui ? Sinon, maintenant est le moment parfait. La résistance viendra sous forme d’excuses plausibles. Négocie avec toi-même : un montant si petit que tu ne peux pas dire non. 5 minutes de méditation ou de gainage.
  • 3) Couper les sources de dégâts supplémentaires. S’éloigner de tous les écrans, bloquer internet si nécessaire. Trouver une raison de sortir, de préférence au soleil. Tu peux changer ton état d’esprit en changeant ton contexte.
  • 4) Écouter sa musique préférée La musique est un code de triche émotionnel, une façon garantie de remonter le moral et de te transporter vers un état d’esprit plus positif.
  • 5) Choisir une tâche évitée, pendant 5 minutes Brainstormer des façons de commencer jusqu’à ce que le timer sonne. Se donner la pleine permission de revenir à ce qu’on faisait après. Un château n’est qu’un tas de pierres posées les unes sur les autres, une à la fois.

Niveau 2 : Sortir d’une mini-période creuse

Trois mauvaises journées d’affilée : un streak que je refuse de laisser se former. Quand je marque 3/10 ou moins deux jours de suite, je passe à l’action décisive. Le troisième jour, je vide mon agenda autant que possible, abaisse mes attentes d’output, et faire de la restauration de ma baseline mentale ma seule priorité.

Dix activités qui ont fonctionné pour moi. Choisir une catégorie et s’y engager la prochaine fois :

  • 1) Mode moine Faire sa routine matinale avant de toucher à un appareil. Commencer la journée comme si elle allait être parfaite. Si je gagne la première heure, je gagne la journée.
  • 2) S’engager dans un entraînement collectif Prépayer un cours collectif ou promettre à un ami de courir ensemble à une heure précise. Le mouvement crée l’émotion. Impossible de se défiler si on c’est engager
  • 3) Faire attention à ce qu’on met dans son corps Cuisiner un repas sain ou commander la chose la plus saine du menu. Pas de livraison.
  • 4) S’accorder des soins, Massage, sauna, bain, caisson de flottaison. Ça marche mieux quand on n’a déjà payer et donc que l’on n’est forcé de participer et de structuré l’activité comme une récompense.
  • 5) Appeler un ami ou un proche Après la conversation, je réalise généralement que mes problèmes sont solubles, que ce que je ressens est normal, et que de l’aide est disponible si j’en ai besoin.
  • 6) Faire quelque chose de généreux pour quelqu’un d’autre Dire à quelqu’un qu’on l’aime et pourquoi on l’apprécie. Pas besoin de planifier, juste être attentive aux opportunités d’illuminer la journée de quelqu’un. C’est fou comme ça fonctionne.
  • 7) Transformer le temps passif en quelque chose de plus productif Passer la journée à apprendre un sujet ou une compétence de son choix. Choisir de participer plutôt que de regarder.
  • 8) Relire de vieilles entrées de journal Nos meilleures idées ont déjà été écrites. Relire d’anciennes entrées et se rappelle qu’on s’est déjà sentie comme ça avant et qu’on a trouvé des façons de s’en sortir.
  • 9) Faire une longue marche Explorer un nouveau quartier ou passer du temps dans la nature. De nouveaux stimuli créent de nouvelles associations mentales.
  • 10) Faire quelque chose qui procure du sublime Se rappeler de notre mortalité et de notre insignifiance à l’échelle cosmique. Musée, concert, performer en état de flow. Nos sentiments peuvent devenir trop réels, notre histoire personnelle trop personnelle.

Niveau 3 : Sortir d’une période creuse prolongée

On sait qu’on est dans une vraie période creuse quand on se sent « décalée » depuis une semaine ou plus. De l’intérieur, ça ressemble à un trou noir, impossible de se rendre compte de ce qu’on a fait, de dire où le temps est passé. Rien ne semble intéressant, significatif, abordable, ou qui vaille la peine.

Ce qui est contre-intuitif : je pense que les personnes très ambitieuses sont les plus susceptibles aux spirales descendantes qui mènent aux périodes creuses prolongées. La même concentration et l’obsession qui mènent à des résultats hors norme peuvent devenir laides quand elles se tournent vers l’évitement, la distraction, la rumination ou l’autosabotage.

Un faible niveau d’efficacité devient ta nouvelle réalité et moyenne. Il devient difficile de se rappeler ce que c’était d’être productif et épanoui. Laissé sans contrôle, ton humeur détruira tout sur son passage.

  • 1) Changer son environnement immédiat Si tu travailles de chez toi, passe une journée dehors. Si tu travailles dans un bureau, prends un weekend entier aussi proche de la nature que possible. Limite les stimuli extérieurs, juste un carnet pour brainstormer et ton livre favori.
  • 2) Choisir un projet excitant et s’engager sur une deadline Se sentir bloquée est souvent un symptôme de ne pas avoir de projet important et significatif sur lequel travailler. Quelle est la chose qui, si accomplie, ferait de ton mois entier un succès ? Prendre une journée entière pour décider d’un projet qui t’enthousiasme. Choisir une milestone agressive à une semaine et prendre un engagement public, même envoyer un brouillon à quelques amis.
  • 3) Se confier à un ami Quand on devient trop socialement isolée, on devient un système fermé et notre négativité commence à se référencer elle-même, à se nourrir d’elle-même. Parler à un ami ou un proche, en personne si possible. Lui demander de te tenir responsable.
  • 4) Envisager une aide professionnelle On néglige sa santé mentale à ses propres risques. Ce que tu traverses est loin d’être unique. J’ai trouvé la Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) un excellent investissement lors d’une période creuse majeure. Ne pas avoir honte de demander une recommandation à des amis, idéalement avant d’en avoir besoin.

Ce qui compte vraiment

Tout le monde connaît des baisses de productivité. Tout le monde a des mauvaises journées. Ce qui distingue les meilleurs performeurs, c’est leur capacité à les prévenir et à s’en remettre rapidement. Chaque revers peut être utilisé comme une opportunité de s’améliorer soi-même et ses systèmes.

Ce qui compte n’est pas la qualité de ton meilleur jeu, c’est le pourcentage du temps où tu le joues.

La chose qui m’a le plus aidée dans les périodes creuses : arrêter de les traiter comme des signes que quelque chose cloche chez moi. Ce sont des données. Rien de plus, rien de moins.

Sur la façon de repartir sans tout reconstruire : James Clear sur la reprise après une rupture.

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