La seule façon de devenir efficace est d’intérioriser à quel point nos habitudes pilotent ce qu’on fait.
Les êtres humains sont, par nature, des créatures d’habitudes. Environ 45% de nos activités quotidiennes sont habituelles, effectuées automatiquement, sans vraiment réfléchir.
~45% de ce qu’on fait chaque jour est piloté par des habitudes, pas par des décisions conscientes.
Laisse ce chiffre s’imprégner un instant.
Ajouter une bonne habitude ou supprimer une mauvaise, c’est bien. Mais pensons plus grand : reprendre le contrôle sur la moitié de ce qu’on fera pour le reste de sa vie, c’est une autre conversation.
Parce que les habitudes se produisent en dehors du spectre de la pensée, on est intrinsèquement incapable de savoir à quel point elles sont prévalentes et influentes. Mon intuition : les habitudes ne sont pas seulement plus importantes qu’on l’imagine, elles sont plus importantes qu’on peut l’imaginer.
« Les habitudes sont la fondation essentielle de toute pratique de productivité. L’apparence d’une discipline surhumaine n’est qu’un ensemble d’habitudes solides, soigneusement cultivées dans le temps. »
Le succès du jour au lendemain est un mythe perpétué par des biographies qui t’épargnent les détails ennuyeux des séances de gym.
« La différence entre un amateur et un professionnel, c’est dans leurs habitudes. L’amateur a des habitudes d’amateur. Le professionnel a des habitudes de professionnel. » Steven Pressfield
Avec les habitudes, le libre arbitre est une illusion. La moitié de nos actions quotidiennes sont prédéterminées par le contexte, effectuées inconsciemment. Notre perception de contrôle conscient est une rationalisation rétrospective, conçue pour protéger notre ego et ajuster une réalité désordonnée dans un récit plus propre.
La médiocrité n’est rien d’autre que de la dette comportementale accumulée, un empilement d’habitudes héritées jamais examinées. Un zombie ne se pense pas comme un zombie. Il a juste conclu, inévitablement, que les cerveaux sont une excellente source de protéines après une longue journée à traîner.
Les habitudes : de quoi parle-t-on au juste ?
Une habitude est un comportement automatique déclenché par le contexte de la situation. Deux composantes : [comportements automatiques] + [déclenchés par le contexte].
Dans un sens évolutif, l’automatisation des habitudes est essentielle à notre survie. L’absence de pensée est généralement une fonctionnalité, pas un bug. Les habitudes sont ce qui nous permet de fonctionner dans le monde.
Si on devait être consciemment conscient de tous les millions de microdécisions qu’on prend chaque jour, on n’irait nulle part. Imagine peser le pour et le contre de se laver les mains à chaque fois qu’on utilise les toilettes.
Le cerveau représente 2% de la masse corporelle mais consomme 20% de l’oxygène inhalé. Par nécessité, les cerveaux sont les processeurs les plus efficaces de la planète, constamment en train de faire des arbitrages entre qualité et vitesse de décision. Chaque décision marginale prise se fait au détriment de la qualité de toutes les autres. Toute décision qu’on peut éliminer libère des ressources cognitives redirigables vers des décisions plus importantes.
À mesure que les habitudes deviennent plus automatiques, l’activité neuronale se transfère du cortex préfrontal vers les ganglions de la base, l’une des structures les plus anciennes de notre cerveau, complètement exempte du processus de pensée. Du point de vue du cerveau : de l’alchimie managériale à grande échelle.
Les habitudes émergent par apprentissage associatif, la même mécanique que les expériences de Pavlov avec les chiens. Un déclencheur peut être n’importe quoi dans notre environnement interne ou externe qu’on associe à l’habitude. Chaque fois qu’une action est répétée dans un contexte stable, le cerveau renforce l’association entre l’habitude et le déclencheur.
La boucle de l’habitude
Un cadre utile issu de The Power of Habit : la boucle de l’habitude se décompose en trois parties.
① Déclencheur
Détail contextuel que le cerveau associe à une habitude. Envoie le cerveau en pilote automatique.
② Comportement
La réponse habituelle effectuée, une action externe ou un schéma de pensée réactif.
③ Récompense
Renforce l’habitude et amène le cerveau à solidifier le lien entre le déclencheur et le comportement.
Déclencheurs, comportements et récompenses sont nos trois points de levier pour créer et renforcer les habitudes. En se concentrant sur le maillon le plus faible des trois, le goulot d’étranglement actuel, on peut grandement accélérer le processus.
Les effets en amont
Ferme les yeux un instant. Imagine que tu es de l’eau qui coule dans une rivière.
Quand une rivière se forme, l’eau creuse un canal dans la terre. Chaque jour que l’eau coule, le canal s’élargit et se creuse. La direction de l’eau est complètement déterminée par la forme d’un canal formé au fil des années. La rivière peut couler dans une direction différente, si le canal est redirigé.
Les habitudes fonctionnent de la même façon. Chaque fois qu’une habitude est répétée, notre canal fluvial se creuse, chaque action rendant cette action plus probable dans le futur. Notre comportement est complètement prédit par notre contexte environnemental actuel et les habitudes qu’on y a précédemment liées.
On peut remodeler son comportement futur en redirigeant la rivière vers un nouveau canal (changer le contexte) ou en remodelant le canal dans le temps (lier de nouvelles habitudes à ce contexte).
Les actions prises pour changer nos habitudes précèdent le changement d’habitude lui-même. Pour rediriger la rivière, il faut remonter en amont de la destination voulue. J’appelle ça les effets en amont.
Plus une habitude existe depuis longtemps, plus le canal est profond et plus l’effort pour la changer sera proportionnellement grand. Mais une fois le flux redirigé, tous les comportements futurs en aval seront positivement affectés.
Tes habitudes sont tes défauts par défaut
Chaque situation dans laquelle on se retrouve à une association et une réaction par défaut. À mesure que l’attention se raréfie, on peut supposer qu’on se reposera de plus en plus sur nos défauts.
Avec un effort concentré, ces défauts peuvent parfois être surmontés en temps réel. Cet effort est admirable, mais complètement insoutenable. Seuls les saumons ont la programmation biologique pour nager contre le courant aussi longtemps.
« Si tes habitudes quotidiennes exigent de la discipline pour s’exécuter, tu t’y prends mal. »
Avec une approche centrée sur les habitudes, on ne « fait pas des choses » autant qu’on « rend les choses qu’on veut faire plus faciles à faire à l’avenir ». Redirige cette discipline vers la construction de systèmes qui peuvent rediriger le flux de ton comportement futur en rendant tes habitudes plus faciles à performer.
Construire des habitudes n’est donc pas un effort ponctuel mais un processus continu d’observation et de correction de ses défauts. C’est une méta-compétence apprenante qu’on pratique, ou néglige, tout au long de sa vie.
« Nous sommes ce que nous faisons de façon répétée. L’excellence n’est donc pas un acte, mais une habitude. » Will Durant
Rien de ce qu’on fait ne se passe dans le vide. Un biscuit mangé aujourd’hui renforce l’habitude de manger des biscuits, augmentant les chances qu’un autre soit mangé demain. Les choix qu’on fait aujourd’hui déterminent les choix qui seront faits pour nous demain.
La chose la plus libératrice que j’aie jamais faite : accepter que la plupart de ce que je fais est automatique. Pas pour abandonner le contrôle, pour arrêter de gaspiller de l’énergie à lutter contre mes propres systèmes, et commencer à les concevoir.
Sur la boucle de l'habitude et ses quatre temps : James Clear sur la mécanique des habitudes.
Pour aller plus loin
- Ce que ces habitudes construisent finit par se voir : Ton meilleur travail est devant toi.
- Et quand la série casse, ce n'est pas un échec : La régression, c'est de la data.




