Salut,
Il y a quelques mois, j’ai passé une après-midi entière sur une proposition commerciale. Trois heures à structurer, rédiger, reformuler, ajuster le ton. J’étais plutôt fier du résultat.
Le soir même, je discute avec un autre indépendant qui venait d’envoyer la sienne. Même type de document, même niveau de qualité. Temps passé : vingt minutes. Il avait donné son brouillon d’idées à une IA, récupéré une structure propre, puis passé son temps sur la seule partie qui comptait vraiment : adapter le tout à son client.
Ce qui m’a marqué, ce n’est pas la prouesse technique. C’est le calcul. Lui venait de récupérer deux heures quarante. Par proposition. Multiplié par toutes les propositions d’une année.
Ce soir-là, j’ai compris que je regardais la vague de loin en espérant qu’elle redescende.
L’IA ne va pas te remplacer
Soyons précis, parce que ce sujet est saturé de panique et de hype.
L’IA ne va pas te remplacer, toi. Pas ton jugement, pas ta relation avec tes clients, pas ta capacité à comprendre un contexte humain, à sentir ce qui cloche dans un projet, à décider dans le flou.
Mais quelqu’un qui fait le même métier que toi avec l’IA en copilote ? Lui, il peut te remplacer. Pas par magie. Par arithmétique. Il livre plus vite, il facture pareil ou moins, il prend les clients que tu n’as plus le temps de servir.
Le danger n’a jamais été la machine. C’est l’écart qui se creuse entre ceux qui s’en servent et ceux qui attendent.
Ce qui change vraiment, et ce qui ne change pas
Les tâches répétitives et standardisées sont en train de s’automatiser : premier jet d’un texte, résumé d’un document, structure d’une analyse, recherche préliminaire, code simple. Ce n’est ni bien ni mal, c’est fait.
Ce qui prend de la valeur, en revanche : savoir quoi demander. Reconnaître ce qui est bon dans ce que la machine produit, et ce qui est médiocre. Apporter le contexte, le goût, le point de vue. L’IA exécute vite et sans fatigue. Elle ne sait pas où aller. Toi si.
Le risque réel, ce n’est donc pas d’être remplacé par une IA. C’est de rester positionné comme exécutant, sur des tâches d’exécution, au moment exact où l’exécution devient gratuite.
Le protocole : une tâche, une semaine
Pas besoin de tout révolutionner. Voilà comment commencer sans y laisser tes soirées.
1. Identifie ta tâche la plus ingrate. Celle qui revient chaque semaine, qui te prend du temps, et qui n’utilise pas ton vrai talent. Les emails récurrents, les comptes rendus, les premières versions de documents.
2. Délègue-la à une IA cette semaine. Donne le contexte, montre un exemple de ce que tu veux, regarde ce qui sort. Le premier résultat sera moyen. C’est normal.
3. Corrige au lieu de refaire. Ne jette pas le résultat imparfait. Dis ce qui ne va pas, affine, redemande. C’est exactement comme briefer un assistant junior : les trois premiers échanges sont laborieux, ensuite ça roule.
4. Mesure le temps récupéré. Au bout d’une semaine, fais le compte. Puis prends une deuxième tâche. C’est tout. Pas de formation à 2 000 €, pas de veille obsessionnelle. Une tâche, une semaine.
Ce que ça change pour toi
Dans dix-huit mois, utiliser l’IA dans ton métier sera aussi banal qu’utiliser un moteur de recherche. Personne ne sera félicité pour ça. Mais d’ici là, c’est encore un avantage. La fenêtre est ouverte, et elle ne le restera pas longtemps.
L’IA ne te remplace pas. Elle remplace ceux qui refusent de s’en servir.
À samedi prochain.
Theo
P.S. La proposition commerciale d’après, je l’ai faite en trente minutes. Pas vingt, je débutais. Mais les deux heures et demie récupérées, je les ai passées au téléphone avec le client. Devine lequel des deux documents a signé.




