On croit que la chance tombe dessus. En réalité, on la fabrique. Voilà comment.
J’ai toujours eu de la chance. Ça rendait mes amis dingues.
Je ne parle pas de trouver des billets de 20€ dans la rue. Comme tout le monde, j’ai mes hauts et mes bas. Mais dans l’ensemble, les choses finissent par s’arranger. Quand je regarde en arrière, mon moi de 12 ans n’en revient toujours pas.
Alors je me suis posé la question sérieusement : est-ce que la chance tombe juste sur certaines personnes ? Ou est-ce qu’il y a quelque chose de plus à l’œuvre ?
Démêler chance et compétence
On a tous le même réflexe : nos victoires, c’est de la compétence. Nos échecs, c’est de la malchance. Pour les autres, c’est l’inverse : leurs victoires sont de la chance, leurs échecs un manque de talent. « Le succès a beaucoup de parents, mais l’échec est orphelin. »
Alors où finit la compétence et où commence la chance ? Je crois qu’elles se contiennent mutuellement, comme le yin et le yang. Les récits rétrospectifs sur la chance ne racontent jamais toute l’histoire.
C’est de la chance de…
C’est une compétence de…
Bénéficier de conditions favorables
Cultiver ces conditions
Avoir un excellent timing
Reconnaître le moment et agir
Se voir présenter des opportunités
En tirer le maximum
La compétence, c’est la différence entre tomber sur la chance et être quelqu’un de chanceux.
Pour rendre ça actionnable, je décompose la chance en deux composantes :
Chance totale = Fréquence × Rendement
Fréquence
À quelle fréquence tu as de la chance et tu en profites.
Rendement
L’ampleur moyenne de tes résultats quand tu as de la chance.
C’est un modèle multiplicatif. Tu peux démultiplier ta chance en augmentant la fréquence, le rendement moyen, ou les deux.
Fréquence : avoir de la chance plus souvent
Quand une opportunité passe, elle frappe doucement à la porte. Est-ce que tu écoutes ? Est-ce que tu es prête ?
Si tu veux être plus chanceuse, prends plus de risques. Évaluer les opportunités développe ton discernement. Les poursuivre développe tes instincts. Dans le doute, élargis le haut de ton entonnoir.
Positionne-toi sur le chemin de la chance en flairant la sérendipité. J’adore les routines, elles sont la colonne vertébrale de la performance. Mais les stimuli nouveaux sont des catalyseurs de connexions nouvelles. Explore les frontières intellectuelles et culturelles. Organise le dîner dès que possible. En élargissant ton réseau et tes rencontres, tu élargis l’ensemble des univers parallèles auxquels tu as accès. Plus d’univers = plus de surface de chance.
« Crée ta propre chance. Le hasard favorise les esprits préparés. La question intéressante : si c’est si évident, pourquoi tu ne le fais pas ? »
Maintiens un équilibre entre faire et dire. Comme le formulait Richard Hamming :
« Ceux qui travaillent derrière des portes fermées semblent travailler sur de mauvais problèmes. Ceux qui laissent leur porte ouverte font moins, mais travaillent sur des problèmes plus pertinents. Un esprit ouvert mène à une porte ouverte, et une porte ouverte mène à un esprit ouvert, ils se renforcent mutuellement. » Richard Hamming — You and Your Research
La chance a un état d’esprit. On pourrait l’appeler « arrête de t’inquiéter autant tout le temps. » Les gens anxieux fixent les menaces. Un état d’esprit de rareté est une prophétie autoréalisatrice. Alors relâche, pas « essaie de te détendre », mais lève les obstacles à la détente.
Agis comme si l’univers conspirait en ta faveur. La manifestation n’a pas besoin de fonctionner pour être utile, on voit ce qu’on cherche. Si tu crois que la chance est abondante, devine ce que tu vas commencer à remarquer.
Rendement : presser le jus de la chance
Quand une opportunité passe, elle repart sans prévenir. Est-ce que tu es engagée jusqu’au bout ?
Ton rendement sur la chance est une fonction de vitesse et de taille de mise. Quand la chance frappe, bouge décisivement et mise fort.
Bouger décisivement
Être chanceux·se, c’est comme maîtriser le temps. Le meilleur mouvement est souvent de ne rien faire et d’observer jusqu’à ce qu’un catalyseur change le terrain de jeu. Mieux vaut rester immobile sur la ligne de départ que sprinter dans la mauvaise direction, beaucoup s’épuisent ou se disqualifient avant même que la course commence.
Autorise l’ennui. Protège ton attention. Laisser ton esprit vagabonder est un luxe moderne, ne te précipite pas à remplir l’espace vide. Notre besoin d’être divertis est si fort qu’on laisse les fragments des idées des autres étouffer les nôtres.
Suis ta curiosité dans l’arène. Poursuis des pistes intéressantes sans promesse de gain. Savoure la sensation de « je ne comprends pas encore », c’est ça, l’apprentissage réel.
Dis « oui… » à la vie. Traite ce qui croise ta route comme une opportunité d’explorer et de construire. Quand je suis désynchronisée avec la réalité, je chasse la chance comme une mouche agaçante, « pas maintenant, pas tout à fait ça. » Attendre que les opportunités soient complètement dé risquées est une recette pour les regrets. La chance se dégrade avec le temps et fuit les foules. Tu peux avoir une exécution médiocre et quand même gagner… si tu es en avance.
Taille tes mises proportionnellement à ton avantage informationnel. Lance de petites expériences significatives sur tout ce qui a du potentiel. L’attention s’aiguise dès que tu as quelque chose en jeu. Tu trouves des opportunités en te salissant les mains, pas en dessinant de belles réflexions depuis les coulisses. Double la mise sur toutes les expériences réussies. Quand le retour est positif, tu passes des balles aux boulets de canon.
Miser fort
Les grands rendements exigent de grandes mises, on ne peut pas gagner le grand prix si on n’est pas prêt à en jouer un.
Miser fort, c’est une question de discernement, être audacieux au bon moment. Développe et conserve ton intensité pour pouvoir la lâcher quand les conditions sont réunies.
Mes amis joueurs de poker m’on appris que les joueurs de poker amateurs risquent trop de jetons avec des probabilités médiocres, et trop peu quand les probabilités sont extraordinaires. J’ai longtemps pensé qu’ils ne savaient pas calculer les cotes. Puis j’ai réalisé : ils ont une insensibilité à l’échelle. Ils se concentrent sur la fréquence des gains et pertes plutôt que sur leur magnitude relative. Les gens veulent juste être dans l’action. Être occupé donne l’impression de progresser, quel que soit le résultat.
Avoir de la marge dans son agenda n’est pas de la paresse, c’est de la stratégie. Si ton planning manque de liquidité, rééquilibrer coûte double : tu perds l’initiative en créant de l’espace, et tu te retrouves focalisée sur les retours immédiats au détriment du long terme.
Quand la chance est à l’horizon, engage-toi avec enthousiasme. Cours vers la peur. Plonge tête la première. Dis oui avec tout ton corps.
Ce n’est pas le moment pour l’équilibre. Le signe révélateur qu’on se retient ? Justifier ses efforts aux autres ou pire, à soi-même. Un engagement à haute conviction n’a pas besoin de justification.
Chercher l’alpha
Et si la chance était investissable, comme la bourse ? Comment maximiserais-tu tes rendements ?
Tu adhères à l’hypothèse des marchés de chance efficients ? Alors fais du dollar-cost averaging sur le ETF $ CHANCE.
Moi ? Je crois que la chance est distribuée de façon inégale mais prévisible. Les sources sous-estimées de chance sont partout autour de moi, en attente d’être découvertes. Quand les probabilités sont en ma faveur et c’est une question de temps, je mise gros.
« La compétence, c’est la différence entre tomber sur la chance et être quelqu’un de chanceux. »
La chose la plus utile que j’aie faite pour ma chance : arrêter de la voir comme quelque chose qui m’arrive, et commencer à la voir comme quelque chose que je construis. Le reste a suivi.
Sur la façon de décider quand l'information manque : Décider comme un Pro.
Les recherches qui montrent que la chance s'apprend : les travaux de Richard Wiseman sur la chance.
Pour aller plus loin
- La condition la plus banale pour saisir sa chance : Le sommeil, ton vrai avantage caché.
- Ce que la chance accumulée finit par produire : Ton meilleur travail est devant toi.




